poésie d'action

Adonis

La Métaphore des élans

La métaphore des élans, alliée à l’alchimie du verbe, constitue, me semble-t-il, la structure profonde de la sphère poétique de Serge Pey.

Lorsque, pour la première fois, je l’ai vu et entendu lire sa poésie, il m’a paru venir du sein même de la nature, et que c’est d’entre les bras de celle-ci que montait son chant. C’est comme si chaque mouvement de son corps était transmué par sa voix en mots, et que son corps devenait parole. Nulle séparation entre son corps et ses mots : il y a chez lui une éloquence autre qui procède d’un concert secret de voix, de gestes et de signes, dirigé par son corps lui-même orchestré par le corps imaginaire – et je dirais mystique – de la terre. C’est une éloquence que les livres, d’ordinaire, ignorent.

Selon la vision mystique, il y a tout d’abord, entre le créateur et le créé, la parole. Le second n’a connu du premier que sa parole et, en l’entendant, il en fut à ce point réjoui, qu’il exista. Le plaisir de la parole, donc de la voix et du chant, est à la base de l’être, et c’est pourquoi le chant porte au mouvement, à l’émoi et au bouillonnement tous ceux qui l’écoutent. Là est l’origine de la passion chez les gens qui écoutent le chant, et cette passion leur permet de connaître leurs imperfections pour que, grâce à cette connaissance, ils deviennent plus parfaits.

Un chant qui ne communique pas une passion créatrice d’existence, n’en est pas un. La voix est liée au chant qui est lui-même, et avant tout, une voix, et l’univers n’est autre qu’un chant. La rencontre entre la voix-parole et la parole-chant est l’instant de l’expression poétique par excellence, instant du chant disant l’indicibilité du monde et des choses. Par ses mots, Serge Pey lie voix et matière, comme si sa poésie était le lieu où viendraient se dissoudre le dehors et le dedans, où se rencontreraient langue et nature.

La voix de Serge Pey évoque celles qui sourdent des gorges des vallées et des cimes, et, par la voix en elle, sa poésie vient s’incarner dans le corps s’identifiant avec l’univers. La voix de Serge Pey est démiurgique, faisant de la création un langage de fureur qui resterait en perpétuel état d’amour, préservant les mystères tout en les désignant.

C’est ainsi que Serge Pey renvoie la parole à son origine, la voix, à l’énergie initiale et constituante, principe de l’apparition du monde.

Le monde se crée et se recrée dans l’élan vocal, se transformant en énergie dont le poème est la manifestation. Le poète ne part pas de la langue vers l’univers, mais de la voix vers ce dernier, qui prend alors chair dans l’élan même du corps incarné dans le poème.

La poésie de Serge Pey nous dit que le rapport entre l’homme et son corps est essentiellement lia à celui qu’il entretient avec l’univers, et ces rapports s’intègrent en un seul et même élan. Ainsi le poème entendu ou lu n’est qu’un appel à l’extase, à l’immersion dans l’énergie cosmique, il s’adresse au cœur-chair, ce creuset de lumière abolissant l’épaisseur, là où s’enlacent l’éphémère et l’éternel, le manifeste et le caché.

Regardez la voix de Serge Pey se métamorphoser en bâtons, où signes et lignes se dessinent, habillés par les vibrations ; signes et lignes qui sont passerelles entre la voix de l’homme et celle de la nature, destinés à frapper le roc de l’opacité afin de nous ouvrir l’invisible.