poésie d'action

Bernard Heidsieck

Pour Serge Pey

Très récemment, j’ai eu l’occasion de voir, dans le Centre d’Art et de Littérature de l’Échelle, près de Charleville, la fascinante exposition de Serge Pey.

Étaient présentés, bien sûr, dans les différentes pièces de ce Centre, de multiples bâtons, ces légendaires bÂtons, inséparables supports et vecteurs des Lectures de Serge.

Dans l’une des pièces du Centre, avec une vue plongeante sur son jardin, Serge a eu la géniale idée d’accrocher au plafond une cinquantaine, peut-être plus, de ses bâtons, en sorte que tenter de pénétrer dans cette forêt devenait une gageure aventureuse. En effet, cette forêt de bâtons bruissait de l’énergie et du magnétisme dont Serge, en y gravant ses textes, leur a, à tout jamais inoculés.

Tous, ainsi, suspendus, côte à côte, électriques, vibraient, crépitaient, grésillaient, au rythme de leur Maître, tournant et tournant, vrais Derviches, et tournant, oui, tout en égrenant, débitant, psalmodiant, comme leur Maître le leur a appris, incantations, suppliques, cris de rage et de colère, bouquets de tendresse ou d’espoir, dont il a su, l’un après l’autre, les charger, patiemment, amoureusement.

Fasciné donc, l’on ne pouvait que se taire, écouter cette électricité tendue, jusqu’à percevoir même le bruit rythmé des grelots que Serge ne manque jamais d’ajouter à ses Lectures. Mais à vrai dire, et tous les bâtons, tous, ne manquaient pas de nous le dire, de nous le crier, là, dans cette petite pièce de l’Hôtel Beury, que nous étions parvenus à un stade, dans une zone, qui dépasse et transcende la simple Lecture. Et alors, de basculer dans un vertigineux tourbillon, centrifuge centripète, coloré, lumineux et convaincant, ô combien !, pour tout dire.