poésie d'action

Henri Chopin

Portraits (extraits)

Depuis longtemps une longue complicité ouvre des cascades d’invention entre deux êtres très différents…

L’un est moitié bilingue, moitié français moitié Amérique du sud, pour un bon quart Catalan, pour un peu Toulousain, et dans l’ensemble un résumé, être un homme à plein temps. Lui, comme un vrai primitif qu’il est danse avec des bâtons qu’il rend sonore…

Tandis que moi je n’ai qu’une bouche, également sonore, car, depuis elle, j’ai tout un corps qui frémit…

Mais au fond le plus important c’est que Serge, plus qu’un danseur avec un ou des bâtons, c’est que l’objet de ses rituels ne sont ni religieux ni mystiques… mais qu’avec ces totems il rejoint, plus qu’un monde primitif, l’essence de l’existence entière, où l’origine est inconnue, mais où l’origine est un bloc vivant, et, plus qu’actif, nous sommes, tous, confrontés à des commencements de vivre…

Chez lui, aucune trace de mourir un jour, et ce qui compte c’est d’ouvrir la vie en toutes passades…

Rares sont les poètes depuis les premiers âges, rares sont ceux qui ont osé défier le rôle des croquemorts, et si, avec lui il n’y a qu’un seul langage c’est dans le culte des sans circulant, depuis les pieds ornés de brinquebales, jusqu’à la voix rocailleuse en même temps que modulée.

À ma connaissance, aucun poète n’a su aplanir la vie, comme un refrain d’espoir…. et, si je remonte très loin en arrière, partout il y avait désolations, pleurs et sacrifiés, tandis que par Serge tout reste vivant… au-delà même d’une esthétique, tant la création se fait jours après jours et où chaque moment est le vécu !

Tu vois, plutôt qu’évoquer un papier sur la qualité d’une œuvre d’art… de loin je préfère dire en peu de mots l’énorme rituel qui te guide et qui nous guide, et où, plus qu’une apologie, il y a, dans tout ce que tu fais, le besoin d’être présent dans l’unique valeur, celle de vivre à chaque instant.

Plus besoin d’être un dépendant, puisque l’auteur prend ses bâtons comme arme contre les chimères des lois et danses collectives où Serge n’est jamais mêlé à des masses, mais où seul le chant verse dans la vie pour aimer vivre… et par des horizons aussi lointains que des continents que tu sais parcourir comme s’ils étaient à toi !

Et là où depuis longtemps j’aime aussi me déplacer, et toujours en regardant les respirations des souffles qui nous animent, là où il n’y a plus de frein à être dans des visions dans l’espèce qui nous remue, et où sans arrêt nous sommes remués par des espaces qui à chaque moment vibrent !

Oui, tu fais bien de replonger dans les racines de l’existence, loin d’une identité figée comme une simple carte d’identité où était fixé par un passeport, où chacun était classé, où l’hérédité n’avait que deux ou trois générations, et où se passait de père à fils, ou de patriarche à ses suites, et sans rien de plus, car tout dépendait du chef de famille, qui, lui, était le seul droit divin, et où la femme n’était qu’une soumission, là où un dieu pouvait la baiser en tous sens, ayant des trous à remplir par un dieu inventé et dont la seule vie n’avait qu’un sexe content pour boucher tous les trous avoisinant, dans la bouche et le cul, entre les nichons et les mains, y compris en pelotant la Vierge Marie qui seule savait accoucher…

D’où le penser qu’elle était vierge, et que ce n’était qu’une viande à violer… Oui, tu fais bien, Serge, de nous rappeler qu’une vie a de profondes racines, et jamais de vies fermées comme par toutes les saintetés…

Que, loin de naître à la date de naissance, il y a dans l’Humain des racines profondes et qui sont des signes où chaque vie est un multiple, et loin des ruines que portèrent, du sorcier aux dictateurs, leurs engins de mort, du fouet au martinet, même dans chaque foyer, n’ayant choyé que la perspective de n’être que des damnés… par un passeport temporel de cinq ans et où, si tu es sage, tu auras l’âge de raison à sept ans.

Ainsi encore enfant tu iras dans la mine ou au chantier, et tu n’auras que le profil de l’obéissance qui te feras crever, à dix ans par épuisement… et cela pour que tu aies une vie éternelle, à l’abri du merveilleux paradis.

Toi-même, Serge, tu es né avec un seul profil, et, mécréant en péchés tu as osé être indiscipliné en te donnant un deuxième, un troisième, un quatrième, etc… profils que même ta maman ne peut compter… Au contraire, mon petit Serge, tu dois rester comme tout le monde avec un seul profil anonyme, pour marcher longtemps, au moins jusqu’à quatorze ans, si tu es bien assis sur le charbon de la Mine… elle qui est la patronne sainte de ta vie…

Mais au contraire, tu t’élis en ange luciférien, et tu te fous, sale gosse, d’une vie luciférienne et fugitive pour en finalité, ne glorifier que la mort chez les Élus de la divine Chrétienté… Alors qu’en nous injuriant avec des présences aussi vaporeuses qu’un pet de nonne, alors qu’avec tes présences lucifériennes, tu nous montres un profil d’Indien, un autre de Catalan, en pourboire une gueule d’humain et qui, injure suprême et sans un pardon de ma sainteté, pour ajouter à ta décrépitude, tu fais tinter tes crécelles à partir des pieds, alors que ton cerveau est dans ton crâne seulement… Oui, tu dois meugler comme un bouseux de mammifère que tu es, et non un mammifère humain qui prétend chanter, alors qu’il est venu par Dieu le tout-puissant, pur, à la rigueur couiner, quand il est chamarré comme une mésange tu ne dois que zinzinuler, et, en te gardant plus encore, pour bêler dans l’attente d’être violé pour la félicité du bouc.