poésie d'action

Jacques Brémond

La Narration des vents

DIRE Serge pey !

voilà l’impossible. du moins à mes yeux. pour mes pauvres mots. ce travail est demandé. commandé. en même temps comment refuser de transmettre l’amitié ? mais comment dire, coucher sur une feuille, avec des signes conventionnés et conventionnels, ce qui a justement pour but la destruction même de cette convention ?

Bien sûr on peut toujours raconter le poète des bâtons, ceux de la pluie, ceux des soleils de mort, les bâtons plantés sur les plages de tous les mondes. les croix lancées au ciel de Téotihuacan. les bambous creux emplis des sables d’or des plages pacifiques. bien sûr on peut aussi dire l’ami. celui de la Place Garibaldi. celui des bouteilles de Téquila. celui de la pluie de Tépotzlan. du jardin de Luis. Celui… l’ami d’Anna. l’ami de la demoiselle aux Roses Rouges. l’ami de Santiago. le frère de génie. qui s’ouvre les peaux et peint de son sang. le Serge pey des routes de Toulouse, des bords de Garonne. des dents de fer des ponts toulousains.

Bien sûr. on pourrait alors citer toutes les rencontres. toutes les nuits noires de force et d’amour.

Mais il est. il reste. à mes yeux un autre poète. un autre homme. l’autre serge pey. celui qui se cache derrière les mots. derrière le verbe lancé. non que je veuille minimiser le poète de la parole proférée qu’il est. et il est bien le seul. le plus authentique de nos jours. ici. en France. Comme Guez-Ricord est sans doute le plus inspiré (au terme religieux) des poètes contemporains, Serge Pey est bien le poète de la profération. cela oui. certes.

Mais il y a encore plus en dessous. au-delà. des mots lancés contre tous les cieux vides ou creux qui nous entourent. Il y a ce que je pourrais nommer la narration des vents. il y a cette volonté. cette capacité. à cerner avec l’image juste. celle qui donne à voir immédiatement là où il n’y a rien à voir. précisément. le lyrisme de Serge Pey, que certains lui reprochent, est à mon sens, l’approche d’une poésie qui semblait défunte. Serge Pey le poète des odes modernes. avec ses violences, ses contradictions, certes, mais aussi avec la possibilité de devenir amoureux de ses propres visions.
Serge Pey poète des plateaux fous. Des terres rouges. Poète des rues de chaleur et des places d’amitié. Là où la palabre s’arrête pour donner la vague. Là où le mot disparaît pour dire l’autre mot caché derrière. Masqué. Voilà ce qui donne à Serge Pey toutes ces amitiés. D’emblée dirai-je. Serge Pey nous donne à lire ses propres géographies. et ce ne sont pas celles des vieilles cartes murales des maîtres d’école. non. mais des passages entre les mondes fous : ceux qui sont devant nous. chaman de demain. oui certes. montreur d’images et de sons offerts.

Le récit des vents : ceux que devraient faire les mots en glissant sur les feuilles à imprimer. entre les doigts mous de nos faiblesses. Comme sous nos paupières lourdes d’alcools bus ensemble.

Merci à Serge pey de nous entraîner – parfois malgré nous – au-delà du sens évident de nos poésies.