poésie d'action

Richard Martel

Fusion d'un corps en transe fusion : une pro-fusion

Je suis né le 10 juillet 1950 et Serge Pey, lui, le 6 juillet 1950. Nous sommes donc tous les deux de la même génération et même plus, quatre jours nous séparent.

À la Renaissance, la mystique, la magie, la philosophie, la religion, la poétique, la politique, la science, bref tout était étroitement lié : avant donc la « révolution » industrielle, l’investigation intellectuelle supposait une grande ouverture. Mais qu’est-ce qui se serait donc passé ? Et ça ne nous intéresse que dans la mesure où nos relations humaines sont en interconnexions, en interrelations ! La fusion des contraires – en italien, la confusion pourrait peut-être signifier « avec fusion », c’est aussi ce sur quoi s’agite Serge Pey. Un malaxage du poétique et des dispositifs corporels par une présence qui soit une relation privilégiée avec un public potentiel. Chez, Serge Pey, on peut vraiment parler de fusion, l’ensemble sécrétionnel use le corps par le langage qui propulse l’énergie du corps dans un rapport à l’extrême, où nous semblons être régis par quelques déterminismes.

Il s’agit d’imprégner le positionnement poétique par une symbiose où le texte s’accompagne – par la profusion – pro fusion – du rythme et des pulsions. Le contenu est en infusion – in fusion – parce qu’il suppose une juste adéquation avec les gestes et l’appareillage démonstratif qui utilisent les procédés spectaculaires sans pourtant être un simple spectacle. Pendant l’acte performatif, Serge Pey frôle la transe et son système propositionnel colporte la nécessité d’un agir et d’un faire, dans le déroulement d’une séquence à dynamiser.

Si « Dieu est un chien dans un arbre », le caractère démonstratif de Serge Pey insinue le délire construit dans une situation d’échange ; il y a une relation qui se crée et nous assistons comme dans un rituel partager.

Les actions poétiques de Serge Pey sont des procédés chamanistiques athées qui sont des analyseurs du positionnement, d’abord en tension puisque ça agit comme un révélateur, au sens photographique du terme, pour montrer l’enchâssement « catégoritiel » des aliénations individuelles et collectives.

Chez Serge Pey, dans l’acte performatif, il y a comme une transfusion – transe fusion – d’un état langagier à une situation qui reçoit cette sécrétion verbale, corporelle et séquentielle. Poésie directe donc, il y a osmose dans la livraison qui est la conséquence d’un dérèglement dans le sens où la charge pulsionnelle s’augmente au fur et à mesure.

En performance, Serge Pey agglomère dans le développement « ritualistique » des matières et matériaux qui obtiennent un supra-statut dans le décontionnement qu’occasionne leur présence publique. Chaque situation est un pré-texte pour une utilisation des procédés poétiques qui chargent le déroulement de l’action. Nous sommes confrontés à des procédés transe-formationnels où l’énergie du corps projette, pulvérise ; le contexte est empli parce que ceci provient d’un corps qui assume la totalité de sa présence par des composantes rythmiques au sens où nous sommes dans un moment de partage ; ça crée des liens et des images, ça utilise des propositions et des formulations de langages, ça rend la présence soluble dans les zones non conventionnelles parce que le positionnement est vécu. Chez Serge Pey, il n’y a pas d’autres options, un corps propulse par l’énergie intérieure ; des correspondances suscitent des pertes de contrôles, l’acte imprime, donc trace des trajectoires.

Serge Pey est conscient de sa position poétique qui propose comme intonation une politique du devenir contre les conditionnements sociaux, soumis à l’éclatante position civilisatrice, contre les débordements, mais paradoxalement ça s’accélère et ça propose la plupart du temps d’être conscient des atrocités de ce monde aux prises avec des impérialismes de toutes sortes.

L’effet cathartique défait le simulacre des relations humaines soumises aux règles dans l’économisme dominant. J’ai assisté à plusieurs actions performatives de Serge Pey, nous nous sommes régulièrement rencontrés, lors de festivals, dans diverses occasions et circonstances. Il y a une déstabilisation des règles parce que l’acte poétique s’assimile à la destruction, à une déroute des codes, une occasion de contourner les habitudes qui nous dictent, et la morale, et la marche à suivre.

La métaphysique des substances est une mécanique sur laquelle les propositions poétiques de Serge Pey s’ajustent. Mais une chose est sûre, c’est que son implication est réelle et dans le risque d’une posture, celle d’un engagement de la personne contre le rouleau compresseur des hégémonies qui dictent, et nos agirs, et notre pensée, et notre morale donc.

La magie doit remplacer la psychanalyse, comme l’acte poétique peut le faire dans l’univers des tendances dominatrices des phénomènes catégoriques des langages et des gestes. C’est pour ça qu’il y a du rituel : contre les procédés d’aliénation, quels qu’ils soient !

Serge Pey est en ce sens un membre honoraire du Groupe de Recherche sur l’Anarcoanimisme que nous avons fondé à Bangkok, moi et Valentin Torrens. Et cette étiquette pourrait bien lui convenir parce que sa philosophie est directe comme sa poétique de la transe, fusion des contraires, con fusion des genres, sa nécessité n’est pas un aveuglement, c’est une conscience sur pattes avec un cerveau qui sait délier pour créer des liens ; ce que toute production poétique ou artistique devrait avoir comme finalité existentielle, avec pro-fusion !